Interview : une DRH raconte ses élections sociales de 2024

Interview : une DRH raconte ses élections sociales de 2024

Pour cet entretien, nous avons interrogé une directrice des ressources humaines d'une entreprise de services belge d'environ 300 personnes, qui a organisé ses élections sociales de 2024. Elle a souhaité ne pas être nommée, ni son employeur. Ses réponses ont été éditées pour la clarté ; le fond n'a pas été modifié. C'est un témoignage individuel, pas un avis juridique.

ONLZ : Commençons par le début. Quand avez-vous vraiment commencé à préparer les élections de 2024 ?

Trop tard, c'est la première chose que je dirais. On avait le sentiment d'être en avance parce qu'on en parlait dès l'automne. Mais « en parler » et « avoir lancé les opérations », ce n'est pas la même chose. La première obligation légale tombe au jour X-60, et on a découvert en cours de route tout ce qu'il fallait avoir préparé avant ce jour-là. Le calendrier ne pardonne pas : il se déroule à rebours depuis le jour du vote, et chaque étape a une date fixe.

ONLZ : Quelle a été la plus grosse erreur ?

Le découpage de l'unité technique d'exploitation. On a raisonné sur notre organigramme, entité juridique par entité juridique, alors que la loi regarde la réalité du travail. On avait deux sociétés qui, dans les faits, partageaient une direction et des locaux. On les a d'abord traitées séparément. Un délégué a contesté, à juste titre, et on a dû revoir le découpage dans l'urgence. Avec le recul, c'est le genre de chose qui se cartographie tranquillement un an avant, pas dans la précipitation.

ONLZ : Vous aviez opté pour le vote électronique ?

Pour une partie du personnel, oui. Et c'est là qu'on a été surpris, dans le bon sens. On craignait la réaction des équipes, on imaginait des dizaines de personnes bloquées. En réalité, ce qui a coincé, ce n'était pas la technologie, c'était la communication interne. Les gens ne savaient pas quand ils allaient recevoir leurs identifiants, ni quoi en faire. Le vote lui-même a très bien fonctionné. C'est en amont qu'on avait sous-investi.

ONLZ : Qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans la charge de travail ?

Le nombre de délais intermédiaires. On retient le jour X et le jour Y, mais entre les deux il y a une dizaine de dates : dépôt des listes, affichage, réclamations, désignation des témoins, composition des bureaux… Chacune est courte et chacune est impérative. On a passé des soirées à recompter des jours ouvrables. Un rétroplanning clair, dès le départ, nous aurait épargné énormément de stress.

ONLZ : Comment se sont passées les relations avec les syndicats ?

Mieux que je ne le craignais, à une condition : la transparence. À chaque fois qu'on a partagé une information tôt et complètement, ça s'est bien passé. À chaque fois qu'on a paru cacher quelque chose, même sans le vouloir, on a créé de la défiance. Les listes d'électeurs, le découpage de l'UTE, la liste du personnel de direction : ce sont des sujets sensibles. Les jouer cartes sur table dès le début désamorce la plupart des tensions.

ONLZ : Une chose que vous ne referez pas ?

Attendre d'avoir « le temps » pour choisir un prestataire. On a comparé les solutions trop tard, sous pression, et on a pris une décision précipitée. Ce choix se fait à froid, en 2026 ou début 2027, quand on peut encore poser des questions et comparer sereinement. Pas à trois mois du vote.

ONLZ : Et pour 2028, que ferez-vous différemment ?

Trois choses. Un : cartographier l'UTE dès maintenant, avant même que la procédure ne démarre. Deux : traiter la communication interne comme un projet à part entière, pas comme une formalité de dernière minute. Trois : décider tôt du canal de vote pour chaque population (qui vote en ligne, qui vote sur borne, qui vote papier). Si on cadre ces trois points en amont, le reste se déroule presque tout seul.

ONLZ : Un conseil pour une consœur qui aborde 2028 ?

Ne sous-estimez pas le temps administratif, et ne le vivez pas seul. Le jour du vote se passe presque toujours bien. C'est tout ce qu'il y a avant (les délais, le découpage, les listes, la communication) qui fait la différence entre des élections sereines et des élections dans l'urgence. Commencez tôt, écrivez tout, et parlez franchement à vos représentants du personnel.

Ce qu'on en retient

Le témoignage rejoint ce qu'on observe partout : le vote électronique n'est presque jamais le problème ; les délais sous-estimés, le découpage de l'UTE fait trop tard et la communication interne bâclée le sont. Pour situer ces étapes dans le temps, lisez Les élections sociales 2028 : le compte à rebours. Et si vous préparez 2028 et voulez éviter les erreurs de 2024, parlons-en.

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